Partie 3

Structures publiques d’accueil des fonds photographiques

Un·e photographe ou un·e ayant droit peut faire le choix de donner tout ou partie d’un fonds à une institution publique, assurant une garantie de conservation et de valorisation dans le temps puisque les collections publics sont inaliénables, imprescriptibles et insaisissables. De nombreux établissements publiques accueillent de la photographie dans leurs collections. De la même manière, l’État mène depuis plusieurs années une politique active envers la conservation de ce patrimoine culturel. Après une présentation de la politique publique en matière de patrimoine photographique en France et des différentes formes de transmissions d’un fonds photographique aux institutions publiques, est présenté un panorama de ces structures, ainsi que les spécificités thématiques, périodiques et de conservation de différentes institutions.

Les politiques publiques concernant les fonds photographiques privés en France

Avec la reconnaissance et l’institutionnalisation du métier, les photographes constituent des fonds bâtis tout au long de leur carrière, et souvent de leur vie. La conception et la conservation de ce patrimoine s’accompagnent de nombreuses problématiques. L’exemple historique le plus emblématique est le cas du photographe français Jacques Henri Lartigue qui, soucieux de la destinée de son fonds, initie des démarches et envisage plusieurs scénarios. Son parcours, de l’amateur au photographe du portrait présidentiel reconnu à l’international, mais aussi l’intérêt grandissant autour de la photographie dans les années 1970 et la volonté du Président de la Répunlique Valéry Giscard d’Estaing de s’associer à cette dynamique moderne sont autant d’éléments qui permettent d’aboutir à la donation du fonds Lartigue à l’État en 1979. C’est la première fois que le fonds photographique d’un·e auteur·rice est acquis par une institution publique, marquant un précédent dans l’histoire des politiques publiques concernant le médium. Pour administrer le fonds, une Association des amis de Jacques Henri Lartigue est créée. Elle est aujourd’hui hébergée dans les locaux de la Médiathèque du patrimoine et de la photographie (MPP). Cet événement donne un élan aux politiques culturelles en faveur de la photographie et de son patrimoine, et de nouvelles mesures sont adoptées. Un Service photographie est mis en place en 1980 au sein du ministère de la Culture. D’un côté, la Mission de la photographie, qui intègre la Délégation aux arts plastiques, est créée ; de l’autre, la Mission du patrimoine photographique est rattachée à la Direction du patrimoine et s’occupe de la gestion des archives et fonds anciens. C’est également à ce moment que se constitue l’Association française de défense du patrimoine photographique (AFDPP), qui devient en 1992 l’association Patrimoine photographique. Cette structure est chargée par l’État de l’acquisition, la gestion et la diffusion des fonds de photographes rejoignant les collections publiques et d’incarner la politique du ministère de la Culture sur ces sujets. Au total, seize fonds sont donnés, légués ou acquis par l’association entre les années 1980 et 2004 : André Kertész, Roger Corbeau, Roger Parry, Amélie Galup, Marcel Bovis, René-Jacques, François Kollar, Denise Colomb, Sam Lévin, Thérèse Le Prat, Daniel Boudinet, Bruno Réquillart, Willy Ronis, Raymond Voinquel, Marc Allégret et le Studio Harcourt. En 2004, l’État souhaite centraliser les différentes actions publiques en faveur de la photographie et décide la dissolution de l’association Patrimoine photographique. Les missions de cette dernière sont alors éclatées entre différentes institutions : la diffusion est affectée au Jeu de Paume ; les fonds d’archives et la conservation sont transférés à la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine – renommée Médiathèque du patrimoine et de la photographie en 2022 – ; tandis que la gestion des droits des auteurs échoit à l’agence photographique de la Réunion des musées nationaux (RMN). Des inquiétudes émergent chez des photographes et des ayants droit, concernant les fonds déjà acquis par l’État mais aussi ceux des photographes en activité. Pour porter ces revendications, des initiatives voient le jour, comme celle de Françoise Denoyelle qui crée l’Association de défense des intérêts des donateurs et ayants droit de l’ex-Patrimoine photographique (ADIDAEPP), qui devient par la suite l’Association pour la promotion des fonds photographiques (l’APFP). Le début du XXIe siècle amorce la réorganisation et l’installation de la photographie au sein des institutions publiques. En 2010, la Mission de la photographie est réhabilitée au sein du ministère de la Culture, sous l’impulsion de Frédéric Mitterrand. Cette structure a entre autres pour fonction l’étude de la conservation des fonds photographiques et collections publiques. En 2016, Audrey Azoulay annonce la relance de la Mission de la photographie et à l’été 2017, la Direction générale de la création artistique (DGCA) du ministère de la Culture crée une Délégation à la photographie qui a pour objet de coordonner au niveau national les politiques culturelles en faveur du médium. Travaillant avec un réseau d’acteurs et d’institutions sur l’ensemble du territoire, cette nouvelle administration se présente comme agissant sur toutes les composantes de l’écosystème de la photographie en France, aussi bien pour l’accompagnement des professionnels et le soutien à la création artistique que pour la valorisation patrimoniale. Si l’association Patrimoine photographique était dédiée à l’accueil, la gestion et la mise en avant des fonds photographiques des années 1980 à 2000, la Délégation à la photographie, devenue un Département en 2021, a un rôle transversal de supervision d’ensemble et de valorisation du médium. La France est aujourd’hui le seul pays disposant d’un département consacré à la photographie au sein d’un ministère de la Culture.

Le comité des dons et legs de la Délégation à la photographie

Depuis 2018, un comité des dons et legs de la Délégation à la photographie a été créé, afin de coordonner l’action des institutions publiques amenées à conserver et valoriser le patrimoine photographique. Il réunit des représentant·e·s des différentes directions du ministère : celle des patrimoines et de l’architecture, des médias, de la création. Des responsables et des représentant·e·s d’institutions (bibliothèques et médiathèques, archives, musées) y sont également présent·e·s.

Les différentes formes de transfert de propriété des fonds photographiques privés

Un·e photographe ou un·e ayant droit peut faire le choix de donner tout ou partie d’un fonds à une institution publique, assurant une garantie de conservation et de valorisation dans le temps puisque les collections publiques sont inaliénables, imprescriptibles et insaisissables. Les réflexions et échanges entre l’institution et le·la photographe sont essentiels en ce qu’ils permettent d’instaurer une collaboration de travail, une relation de confiance entre les deux parties et une assurance de la bonne gestion du fonds dans le temps. Il existe plusieurs manières de transmettre la propriété d’un fonds à une institution, permettant une variété de mécanismes, d’avantages et de résultats. Quelle que soit la formule choisie, don, legs ou dation en paiement, les libéralités faites à une institution publique sont exonérées des droits de mutation qui s’appliquent normalement à la transmission de biens et bénéficient d’avantages fiscaux spécifiques. Le dépôt est également un mécanisme qui permet un travail sur un fonds par une institution en échange d’un accès privilégié, sur un temps déterminé.

Qu’est-ce qu’un don ?

Un don est une remise immédiate et définitive de tout ou partie d’un fonds, du vivant d’un·e photographe. On distingue le don manuel de la donation notariée. Dans le premier cas, il s’agit d’une remise en nature, à condition que le transfert matériel de propriété soit effectif et que le·la bénéficiaire l’accepte. La donation notariée est un acte effectué devant un·e notaire, permettant aux donateur·rice·s de préciser des conditions relatives au fonds ou à l’œuvre donnée (conservation, valorisation, etc.). Il existe également des donations sous réserve d’usufruit, qui permettent aux donateur·rice·s de conserver le fonds pour une durée déterminée, par un·e ayant droit ou la personne de leur choix, tout en actant la transmission de la propriété. On dit que l’institution devient alors nue-propriétaire de l’objet donné. Dans tous les cas, il est essentiel de respecter la part légale réservée aux héritier·ère·s. Les dons d’œuvres étant assimilés à des versements en numéraire, ils permettent aux donateur·rice·s de bénéficier d’avantages fiscaux – 66 % de la valeur de l’œuvre sont déductibles du montant de l’impôt sur le revenu, dans la limite de 20 % du revenu imposable mais potentiellement reportable pendant cinq années. Il est conseillé de se rapprocher d’un·e notaire afin de régler ces questions .

Exemple : Les donations au musée Nicéphore Niépce, Chalon-sur-Saône

Suivant l’exemple du don du fonds de Peter Knapp, de nombreux·ses photographes ont fait le choix de donner tout ou partie de leur fonds au musée Nicéphore Niépce, tel·le·s que Denis Roche, Yvonne Chevalier, Jean-Pierre Sudre, ou encore Sacha Van Dorssen, dite « Sacha ». Un travail préalable de conditionnement du fonds est réalisé avec les équipes du musée dans le cadre d’un dépôt, incluant numérisation, archivage, travail de recherche, aboutissant à une exposition d’accueil du fonds et à sa donation. Le musée s’intéresse, dans une approche encyclopédique et sans distinction hiérarchique, à tous les objets photographiques. Chaque année, entre 150 000 et 400 000 phototypes intègrent les collections, faisant du musée l’un des principaux lieux d’accueil du médium en France.

Qu’est-ce qu’un legs ?

Comme pour le don, le legs a pour but le transfert de propriété de tout ou partie d’un fonds, de manière définitive. Il peut s’effectuer par un acte authentique ou un acte sous signature privée. La différence avec la donation qui est réalisée du vivant du ou de la photographe est que le legs s’effectue par testament du vivant, il prend effet uniquement au moment du décès. Le·la bénéficiaire peut soit accepter le legs dans sa totalité, soit le rejeter. La valeur du fonds légué ne doit pas empiéter sur la part réservée aux hériter·ère·s d’un·e photographe. Le legs peut permettre aux légataires de bénéficier d’une exonération des droits de mutation à titre gratuit et d’avantages fiscaux. Il est conseillé de se rapprocher d’un·e notaire afin de régler ces questions .

Exemple : Le legs Marc Riboud au musée national des arts asiatiques – Guimet, Paris

Dès les années 2000, Marc Riboud se préoccupe de la destination de son fonds et entreprend la démarche de le donner à une institution publique en envisageant plusieurs scénarios. Le photographe meurt en 2016 et le legs de son fonds au musée Guimet est officialisé en 2019. Marc Riboud cède à l’institution plus de 50 000 tirages, planches-contacts, négatifs, diapositives et épreuves sur papier, reflet de ses soixante ans de carrière. La gestion du fonds est assurée par l’association Les amis de Marc Riboud, hébergée dans le musée, qui continue un travail spécialisé de valorisation tout en fonctionnant avec les équipes de l’institution. Une exposition pour acter du legs et de l’accueil du fonds a eu lieu en 2021. Depuis, des tirages sont souvent intégrés dans diverses expositions du musée.

Qu’est-ce qu’une dation en paiement ?

La dation est un mode de paiement exceptionnel qui permet de s’acquitter d’une dette fiscale en payant des impôts en nature, par la remise d’œuvres d’art, livres, objets de collection, documents, de haute valeur artistique ou historique. Ce dispositif imaginé par André Malraux en 1968 a pour but d’enrichir les collections publiques. Ce système permet aux contribuables d’éteindre leurs dettes envers l’État (les droits de mutation à titre gratuit, les droits de partage et l’impôt de solidarité sur la fortune). La dation doit être acceptée par la commission interministérielle d’agrément pour la conservation du patrimoine artistique national (ou commission des dations) .

Exemple : La dation Man Ray au Musée national d’art moderne – Georges Pompidou, Paris

Certain·e·s photographes et ayants droit se sont emparé·e·s de ce mécanisme, comme les ayants droit de Man Ray qui effectuent en 1994 une dation en paiement au Centre Pompidou consécutivement au décès de l’artiste en 1991. Ils dotent les collections du musée de 12 052 négatifs, 5 682 planches-contacts et 70 tirages dont une série de 14 Objets mathématiques. Cette dation a été complétée en 1995 par un don de Lucien Treillard, concernant 1 615 négatifs de Man Ray, dotant le musée d’un ensemble important de l’artiste.

Qu’est-ce qu’un dépôt ?

Un dépôt est un contrat entre déposant·e et dépositaire, de manière temporaire et révocable. Pour certaines institutions qui préfèrent traiter les fonds dans un temps long, le dépôt n’est peu ou pas pratiqué, ou alors avec une potentielle restitution sous condition de remboursement des frais de traitement et de gestion engagés. Pour d’autres, le dépôt est un véritable outil permettant soit de multiplier le nombre de fonds traités, soit d’effectuer un travail préalable pour évaluer l’intérêt pour une institution d’accueillir ou non le fonds. L’avantage du dépôt est qu’il engage toutes les parties contractantes à un objectif déterminé et dans un temps limité. D’un côté, l’institution accueille un fonds pour une durée donnée et s’engage à le valoriser avant de le restituer à l’issue de ce travail de gestion. De l’autre, pour un·e photographe ou ses ayants droit, il s’agit de donner un accès privilégié au fonds pour que des démarches de gestion et de rayonnement soient réalisées. Le dépôt peut permettre d’effectuer un travail, précis ou global, sur tout ou partie d’un fonds, laissant une multitude de possibilités d’actions, tout en se détachant des considérations de possession.

Les différentes structures publiques d’accueil des fonds photographiques en France

Il existe différentes structures publiques qui se préoccupent de la préservation du patrimoine photographique en France. On distingue trois grands ensembles qui, répartis sur l’ensemble du territoire, constituent le maillage institutionnel en charge de la gestion et de la valorisation du médium. Se détachent ainsi les bibliothèques et médiathèques, les services d’archives à différents niveaux de décentralisation et les musées de France. Chaque institution possède des politiques d’acquisitions et d’enrichissements qui lui sont propres, en complémentarité de ses collections et avec ses prérogatives. Cette variété de modèles induit une variété de traitements, répondant à la multitude de pratiques des photographes et à la singularité des fonds : un·e archiviste n’aura pas la même approche et le même travail sur un fonds qu’un·e conservateur·rice de musée. De même que la variété des supports, cette pluralité d’appréhensions contribue à la définition en perpétuelle expansion de la notion de patrimoine photographique.

Bibliothèques et médiathèques

L’intérêt historique porté aux archives et supports papiers qui viennent documenter les images donne un aspect singulier au travail effectué sur les fonds photographiques par les bibliothèques et médiathèques. À côté des deux grandes bibliothèques nationales – la Bibliothèque nationale de France et la Bibliothèque publique d’information –, on retrouve des fonds photographiques dans les bibliothèques de différentes collectivités territoriales. Tout comme les musées, les bibliothèques et médiathèques sont susceptibles d’avoir des intérêts thématiques : la bibliothèque municipale de Lyon est par exemple plus encline à recevoir des ensembles relatifs à l’histoire lyonnaise, avec des photographes issus de la ville ou ayant travaillé sur le territoire. Il en est de même pour la bibliothèque municipale de Lille. Elles ne peuvent néanmoins pas accueillir tous les supports photographiques, tels que les négatifs sur supports souples qui nécessitent des conditions particulières de conservation.
  • La Bibliothèque nationale de France, Paris Avec plus de 8 millions de phototypes à sa disposition, la Bibliothèque nationale de France (BnF) est l’une des collections françaises les plus extensives. Dès 1849, la BnF intègre dans ses collections des photographies par le biais de dons, d’acquisitions, mais aussi à travers le dépôt légal. … [texte raccourci pour la démonstration] … histoire et des pratiques.
  • La Médiathèque du patrimoine et de la photographie, Charenton-le-Pont Avec plus de 15 millions de négatifs, 4 millions de tirages, entre autres documents d’archives, la Médiathèque du patrimoine et de la photographie (MPP) est l’un des principaux opérateurs de l’État concernant … [texte raccourci pour la démonstration] … fonds photographiques dont elle dispose.
Autres exemples :
    • Bibliothèque du Musée-Château d’Annecy
    • Bibliothèque Kandinsky
    • Bibliothèque historique de la ville de Paris (BHVP)
  • Médiathèque municipale – Mairie de Saintes-Maries-de-la-Mer
Pour plus de détail voir : www.culture.gouv.fr

Les archives

Les services d’archives publiques sont répartis sur l’ensemble du territoire, à différents niveaux administratifs. Ils admettent deux types de fonds :
  • des fonds des archives publiques ;
  • des fonds de personnes de droit privé (photographe, association, presse, etc.).
En général, les services d’archives choisissent d’administrer des fonds en fonction de leur intérêt territorial et patrimonial : il s’agit de collecter la mémoire et de compléter l’histoire. Les archives gèrent des ensembles conséquents, dans une approche ethnologique et patrimoniale, différente d’une appréhension purement artistique de l’objet. Confier un fonds photographique à un service d’archives décentralisé peut permettre de mettre en valeur une thématique ou une histoire liée à un territoire. La taille de l’institution comme ses capacités de traitement sont également à prendre en compte, selon qu’un travail plus ou moins rapide est souhaité. Verser un fonds à des archives municipales peut permettre d’ancrer le travail d’un·e photographe dans une démarche de territorialité, tout en laissant aux institutions locales la tâche de valoriser le fonds. Les archives départementales permettent une couverture plus étendue géographiquement, pouvant porter sur des coutumes locales, des rites, des paysages, de l’architecture propre au département. Lorsqu’ils se superposent, les différents niveaux d’archives travaillent en complémentarité et se répartissent les fonds en fonction de leurs intérêts. Par définition, les Archives nationales s’intéressent aux fonds et ensembles permettant de contribuer, retracer voire compléter l’histoire française. Depuis la création des Archives nationales à la Révolution française, leur consultation de manière libre et gratuite fait partie des droits des citoyens. Elles ont vocation à collecter les archives de l’État et de ses opérateurs, par versement réglementaire, mais aussi des archives privées qui viennent compléter ses collections. Un service photographique travaille de manière transversale sur l’ensemble des phototypes, donnant une expertise particulière et une cohérence d’appréhension du médium. Les Archives nationales n’accueillent a priori pas de fonds de photographe, mais plutôt des fonds de personnalités publiques. Elles ont par exemple reçu le fonds Gisèle Halimi en 2021, constitué circonstanciellement de nombreux tirages et objets photographiques. Néanmoins il existe des exceptions lorsque les fonds privés complètent une partie de l’histoire encore peu documentée. C’est par exemple le cas de Michel Roi, qui a suivi Malraux de 1959 à 1964 et dont près de mille négatifs ont été accueillis afin de retracer des déplacements et donner un contexte complémentaire au travail de Malraux. Des fonds collectifs sont également admis, comme les archives du service photographique du journal Le Monde, acquises en 2020, ou encore le fonds de l’association Act Up transféré des archives du Groupe archives et documentation (GAD) à partir de 2014, dont la matière visuelle mais également l’ensemble des documents supports permettent d’écrire et de veiller à la conservation d’une histoire nationale. Les Archives nationales disposent d’un musée et de salles d’expositions sur leurs différents sites, mais élaborent également des partenariats avec des lieux et artistes. En 2017, le photographe Mathieu Pernot est invité à revisiter le fonds de l’entreprise LAPIE en réalisant une œuvre à partir des multiples présents dans les archives. En 2022 une exposition est produite sur le Salon des arts ménagers, de 1923 à 1983, dont le fonds a été versé en 1991. Les archives départementales d’Indre-et-Loire conservent et effectuent un travail de recensement et de recherche sur plus de deux millions de phototypes, permettant de retracer l’histoire et les procédés photographiques, ainsi que l’évolution du métier de photographe en Touraine. Elles ont par exemple retracé l’histoire du premier daguerréotype de Touraine en 1839, ainsi que l’histoire du premier photographe de studio d’Indre-et-Loire, Gabriel Blaise, qui exerce à partir de 1859, montrant la diffusion rapide dans les régions de l’invention du médium. Depuis les années 1990, les archives ont mis en place une importante collecte de fonds photographiques locaux, comme ceux d’André et Robert Arsicaud (avec environ 200 000 négatifs), Sylvain Knecht (environ 500 000 négatifs), ou encore du Studio Pierre (50 000 négatifs). On trouve également des fonds de familles, ensembles iconographiques divers, ou encore d’amateur·rice·s éclairé·e·s, comme le fonds Buot (avec 620 plaques de verre), ou encore le fonds Torterue (865 plaques de verre). Les archives d’Indre-et-Loire mettent régulièrement en valeur le travail effectué sur ces fonds dans le cadre d’expositions, d’ateliers pédagogiques et d’une importante politique de numérisation, et participent aux programmes de grandes collectes nationales, comme celle des archives du sport initiée en 2023. Autres exemples : Archives départementales du Nord, Archives départementales du Gard, Archives départementales de la Haute-Garonne, Archives départementales de la Guadeloupe, Archives départementales de la Mayenne, Archives départementales de la Gironde, Archives départementales de la Haute-Marne, Archives départementales de l’Ain, Archives départementales de Maine-et-Loire, Archives départementales des Hautes-Pyrénées, entre autres. L’accueil de fonds photographiques par les archives municipales de Toulouse est à l’origine porté par François Bordes, directeur des archives de 1998 à 2016. Dès le xixe siècle, des sociétés et groupes de photographes se forment, comme la Société photographique de Toulouse, créée en 1875 par Charles Fabre et Eugène Trutat, le Photo-Club toulousain créé en 1896, ou encore le Cercle des XII de 1936. Celui-ci est l’une des premières associations de photographes se revendiquant comme artistes et se dote en 1974 de la première galerie municipale dédiée au médium : Le Château d’Eau, qui conserve aujourd’hui une partie des archives du Cercle des XII. Les archives municipales de Toulouse acquièrent et conservent des fonds de figures emblématiques de la scène photographique locale au rayonnement plus large. Le fonds de Germaine Chaumel, figure importante de la Nouvelle Vision photographique à l’instar de Willy Ronis ou de Brassaï, comprend 20 000 tirages, négatifs et plaques de verre. Celui de Jean Dieuzaide est donné par sa famille en 2016, représentant 600 000 négatifs, ainsi que des milliers de tirages et de livres. À côté des fonds de photographes professionnel·le·s, les archives municipales disposent de fonds d’amateur·rice·s éclairé·e·s, de familles, ou encore d’entreprises, permettant de compléter l’histoire toulousaine de la photographie. Aujourd’hui, plus de 1,5 million de phototypes, tous supports confondus, se trouvent dans les archives municipales de Toulouse et font l’objet de recherches, d’expositions et d’ouvrages. Autres exemples : Archives de Paris, Archives municipales de Lyon, Archives municipales de Quimper, entre autres. Voir également le répertoire des archives sur France sur France Archives

Musées de France

Le musée est, par définition, un lieu de collecte, de conservation et d’exposition, venant répondre au triptyque de gestion des fonds photographiques : archivage, conservation et valorisation. L’appellation « Musée de France » témoigne de la reconnaissance de l’institution par le ministère de la Culture, assurant un contrôle scientifique et technique sur la gestion des collections. La loi du 4 janvier 2002 précise juridiquement son contenu, soit une « collection permanente composée de biens dont la conservation et la présentation revêtent un intérêt public et organisée en vue de la connaissance, de l’éducation et du plaisir du public ». Que l’institution soit de droit public – en 2023, 5 % des musées de France appartiennent à l’État, 82 % aux collectivités territoriales – ou de droit privé – 13 % –, ses missions s’organisent autour de quatre grands axes :
  • La conservation, la restauration, la circulation et l’enrichissement des collections ;
  • l’accessibilité à un public large et varié ;
  • l’éducation artistique et culturelle pour tous ;
  • la contribution au progrès de la connaissance et de la recherche.
Il s’agit aujourd’hui de la forme d’institution culturelle la plus répandue, avec plus de 1 200 musées de France répartis sur tout le territoire et à différents niveaux administratifs : musées régionaux, musées nationaux, musées d’entreprises, musées associatifs… Chaque musée a une identité et une collection qui lui est propre, laissant place à de nombreuses possibilités de correspondance avec les fonds photographiques et leurs auteur·rice·s. Cette forme institutionnelle est particulièrement intéressante pour les fonds photographiques car les musées sont organisés autour de collections et disposent de lieux d’expositions permettant de montrer au public les œuvres et objets dont ils disposent. Leurs missions permettent de remplir de manière effective les conditions principales de gestion des fonds : l’archivage et l’inventaire, la conservation et la valorisation. Les acquisitions de fonds photographiques sont décidées en fonction des prérogatives du musée, de la capacité de ses réserves et des choix de ses conservateur·rice·s, mais aussi selon la cohérence de thèmes, périodes et travaux des fonds des photographes qui viennent compléter les collections. Il n’y a donc pas de règles générales, les acquisitions se faisant au cas par cas, souvent en fonction de l’historique entre l’institution et les photographes. Parmi les grands acteurs de cette catégorie, on pense d’abord aux musées dédiés au médium, à son histoire, ses pratiques et ses techniques. Avec une collection riche d’environ quatre millions de phototypes, tous supports confondus, le musée Nicéphore Niépce est l’une des principales institutions d’accueil des fonds photographiques aujourd’hui en France et possède l’une des plus grandes collections d’Europe. Une politique d’acquisition extensive et sans classement hiérarchique des techniques et objets photographiques a été menée par le musée depuis sa création en 1972. Depuis 2009, le musée a développé une politique d’acquisitions de fonds et ensembles photographiques, dans le prolongement de cette appréhension encyclopédique du médium. Le Musée français de la photographie à Bièvre rassemble quant à lui une importante collection composée de plus d’un million de phototypes, 25 000 objets, 130 mètres linéaires de revues, ouvrages et documentations techniques. La vocation de Jean et André Fage, fondateurs du musée, est de collecter des objets qui deviennent obsolètes dus à l’évolution de la photographie industrielle, permettant d’écrire une histoire technique de la photographie. Les acquisitions du musée se concentrent aujourd’hui sur des fonds d’amateur·rice·s éclairé·e·s, albums familiaux, de voyages ou de souvenirs et des objets photographiques (appareils, etc.), afin de compléter cette collection atypique. D’autres musées ne se limitent pas à des collections photographiques, ciblant plutôt des thématiques, des périodes ou des sujets. Des fonds photographiques peuvent ainsi intégrer un musée qui n’est a priori pas dédié au médium, à condition de correspondre avec les missions et les collections de l’institution. Héritier du Musée d’ethnographie du Trocadéro et du Musée national des arts et traditions populaires, le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem) dispose de plus de 370 000 phototypes dans ses collections. Une répartition entre fonds publics et privés permet de composer une collection variée sur des thématiques comme l’anthropologie, l’ethnographie, le folklore et le régionalisme. Autre musée au sein duquel la photographie est particulièrement représentée, le Musée national d’art moderne – Georges Pompidou compte parmi ses collections des fonds de photographies modernes et contemporaines comme ceux d’Eli Lotar, Dora Maar, Brassaï, ou encore Laure Albin-Guillot. Le Musée du quai Branly – Jacques Chirac dispose d’une collection de près de 720 000 phototypes hérités des fonds du Musée de l’Homme et du Musée national des arts d’Afrique et d’Océanie. Depuis 2006, il est doté d’une commission d’acquisition permettant d’acquérir et de recevoir des dons, et a mis en place différentes bourses afin de soutenir la création contemporaine. Se focalisant sur la photographie ancienne, le musée d’Orsay conserve des fonds publics mais également des fonds d’archives privées provenant d’artistes, de collectionneur·se·s, de galeries ou de marchands, comme les fonds Paul Burty-Haviland, Félix Nadar, ou encore Charles Nègre. Il héberge aussi des fonds collectifs comme les fonds iconographiques du musée du Luxembourg et du musée du Jeu de Paume (1900-1948). Dès son ouverture, les collections du musée comptent environ 12 000 photographies ; elles en comprennent aujourd’hui près de 47 000. Voir également la fiche dédiée sur le site du ministère de la culture

Autres

Il existe enfin des lieux qui échappent aux classifications classiques des institutions publiques et privées et accueillent aujourd’hui d’importantes collections de fonds et ensembles photographiques. Ces structures ont, pour la plupart, su réinventer leur rapport aux acquisitions et leur travail sur la mise en valeur du patrimoine photographique, avec des logiques d’accueil et de traitement alternatifs. Les centres d’art n’ont, par définition, pas de budget d’acquisition, ce qui ne leur permet donc pas d’acheter directement des œuvres, ensembles ou fonds aux photographes ou artistes. Le centre régional de la photographie (CRP) de Douchy-les-Mines a néanmoins mis en place différents projets – étroitement liés à l’histoire du lieu – permettant de valoriser des photographies et travaux de photographes. La genèse de ce centre remonte à 1983, lorsque le site de l’usine d’Usinor à Denain qui abritait le photo-club du comité d’entreprise ferme ses portes. C’est le point de départ du CRP, qui déménage en 1986 dans l’ancien bureau de poste de Douchy-les-Mines. Aujourd’hui, l’action du CRP se concentre sur le soutien à la création contemporaine d’artistes plus ou moins confirmé·e·s par le biais d’expositions, de publications et de commandes. Il est dès lors amené à acquérir et gérer des productions et ensembles de photographes. Le CRP dispose d’une collection de près de mille œuvres liées à son activité de recherche et de production d’expositions, avec des photographes comme Robert Doisneau, Charles Nègre, Graciela Iturbide ou encore Martin Parr. Le centre a également créé une artothèque avec une sélection de plus de cinq cents œuvres disponibles au prêt, indépendantes de la collection. Chacun peut ainsi louer pour un temps déterminé des tirages de Martine Franck, Raymond Depardon, Sabine Weiss ou encore Françoise Nuñez. Pour ses quarante ans en 2023, l’institution douchynoise organise seize expositions la plaçant, malgré son statut de centre d’art, comme un soutien aux photographes et un acteur régional qui repense la valorisation du patrimoine photographique. L’Institut pour la photographie de Lille créé en 2019 à l’initiative de la Région Hauts-de-France accueille des fonds photographiques sous forme de donation ou de dépôt de manière à multiplier le travail de gestion et de valorisation réalisé ainsi que les fonds traités. En 2021, l’institut intègre en dépôt le fonds de Jean-Louis Schoellkopf, comprenant des négatifs et tirages contact pour une durée de vingt ans ; ainsi que le fonds photographique d’Agnès Varda avec 40 000 négatifs et planches-contacts, confiés par ses ayants droit pour une durée de douze ans. À la différence d’un musée qui constitue une collection, l’institut dévoue son action à la gestion et la mise en valeur des fonds d’archives des photographes, en sortant d’une logique d’acquisition et en proposant un engagement de traitement et de valorisation sur un temps déterminé. L’institut se veut aussi l’interlocuteur direct pour les ayants droit en matière de conseil et de gestion de leurs fonds, et propose des services juridiques pour accompagner ces démarches. Autres exemples : Artothèque Grand Est / plus vite, Collection d’art contemporain du département du Var, École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, Fonds d’art contemporain – Paris Collections, Cinémathèque française, Institut pour la photographie, Centre national des arts plastiques (CNAP), Parc naturel régional des Vosges du Nord – Observatoire photographique du paysage, entre autres.

Liste non exhaustive des lieux accueillant des photographies, en fonction de leur structure

Bibliothèques

Médiathèques

Archives nationales

Archives départementales

Archives municipales

Musées

Liste non exhaustive des lieux accueillant des photographies, en fonction de leur objet

Photographie du XIXe siècle

Photographie du XXe siècle

Photographie contemporaine

Photographie de presse

Photographie de plateau

Photographie amateur

Carte postale

Appareils photographiques

Introduction

Dons et legs : que faire des fonds photographiques privés ?

Partie 1

Droit des fonds photographiques privés

Partie 2

Gestion et structures indépendantes d’accueil des fonds photographiques privés

Outils et annexes

Foire aux questions

Contact